par Henry Van Dyke, publié le 12 décembre 2013, sur ldssmile.com

photo_rois_magesLe nom de cet autre Roi était Artaban. C’était l’un des Mages et il vivait en Perse. C’était un homme d’une grande richesse, d’une grande érudition et d’une grande foi. Avec ses compagnons, il avait étudié les Écritures pour connaître le moment où devait naître le Sauveur. Ils savaient qu’une nouvelle étoile apparaîtrait et ils avaient convenu, entre eux, qu’Artaban observerait le ciel depuis la Perse et que les autres l’observeraient depuis Babylone.

La nuit où il croyait que le signe devait être donné, Artaban s’installa sur son toit pour regarder le ciel. « Si l’étoile apparaît, ils m’attendront pendant dix jours, puis nous ferons route vers Jérusalem. Je me suis préparé pour le voyage en vendant tous mes biens et j’ai acheté trois joyaux – un saphir, un rubis et une perle. Je souhaite les offrir en présent pour honorer le Roi. »

Alors qu’il observait le ciel, une étincelle d’azur est née de l’obscurité, s’entourant avec splendeur d’une sphère de pourpre. Artaban inclina la tête. « Voilà le signe », dit-il. « Le roi arrive et j’irai à sa rencontre. »

La plus rapide des juments d’Artaban attendait, sellée et bridée dans sa stalle, piaffant d’impatience. Elle partageait l’empressement de son maître.

Lorsqu’Artaban s’installa sur son dos, il dit : « Que Dieu nous préserve de chuter, toi et moi, et qu’Il protège nos âmes de la mort. »

Ils entreprirent leur voyage. Chaque jour, son fidèle destrier mesurait ses forces pour pouvoir parcourir la distance donnée, et à la nuit tombée du dixième jour, ils approchèrent de Babylone. Dans un petit îlot du désert entre les palmiers, la jument d’Artaban ressentit de la difficulté et ralentit son rythme. Puis elle s’immobilisa, chacun de ses muscles frémissait.

Artaban descendit de sa monture. L’éclat lointain de l’étoile révéla un homme couché sur la route. Sa peau portait la marque d’une fièvre mortelle. La froideur de la mort se faisait sentir dans sa main décharnée. Tandis qu’Artaban se retournait pour s’en aller, un soupir s’éleva des lèvres du malade.

le-quatrieme-roi-mageArtaban s’en voulait de ne pas pouvoir rester pour s’occuper de cet inconnu qui allait bientôt mourir, mais c’était le moment auquel il avait consacré toute sa vie. Il ne pouvait pas renoncer au prix de ses années d’étude et de foi pour faire un seul acte de compassion humaine. D’un autre côté, comment pouvait-il abandonner son prochain, seul, à la mort?

« Dieu de vérité et de miséricorde », pria Artaban, « dirige-moi sur le chemin de la sagesse que toi seul connait ». Puis, il sut qu’il ne pouvait pas continuer sa route. Les Mages étaient des astronomes, mais aussi des médecins. Il ôta sa robe et commença son travail de guérison. Plusieurs heures plus tard, le patient reprit connaissance. Artaban lui donna tout ce qui lui restait de pain et de vin. Il lui laissa une potion faite d’herbes guérisseuses et les instructions nécessaires pour se soigner.

Bien qu’Artaban chevauche avec la plus grande hâte tout le reste du chemin, ce n’est qu’après l’aube qu’il arriva au lieu où ils avaient convenu de se retrouver. Il ne trouva ses amis nulle part. Finalement ses yeux se posèrent sur un morceau de parchemin arrangé pour attirer son attention. Il disait : « Nous avons attendu jusqu’à minuit passé et ne pouvons pas nous attarder davantage. Nous partons retrouver le Roi. Suis-nous à travers le désert ».

Artaban s’assit désespéré et se couvrit le visage avec les mains. « Comment puis-je traverser le désert sans nourriture et avec une monture épuisée? Je dois retourner à Babylone, vendre mon saphir, et acheter des chameaux et des provisions pour le voyage. Je n’arriverai jamais à rattraper mes amis. Seul le Dieu de miséricorde sait si oui ou non je passerai à côté de mon but parce que je suis resté pour faire preuve de miséricorde ».

Plusieurs jours plus tard, lorsqu’Artaban est arrivé à Bethléhem, les rues étaient désertes. La rumeur s’est répandue qu’Hérode envoyait des soldats, sans doute pour percevoir un nouvel impôt, et que les hommes de la ville avait emmené leurs troupeaux dans les collines par-delà sa portée.

marie_bebe_jesusLa maison de l’un d’eux était restée ouverte et Artaban pouvait entendre une mère chanter une berceuse à son enfant. Il entra et se présenta. La femme lui dit qu’il y avait déjà trois jours que les Rois Mages s’étaient présentés à Bethléhem. Ils avaient trouvé Joseph, Marie et le petit enfant, et avaient déposé leurs cadeaux à Ses pieds. Ensuite, ils avaient disparu aussi mystérieusement qu’ils étaient arrivés. Joseph avait pris sa femme et son enfant, cette même nuit, et avait secrètement fui. Le bruit coure qu’ils sont partis au loin, en Egypte.

Pendant qu’Artaban écoutait, le bébé leva sa main potelée et toucha sa joue puis sourit. Son cœur se réchauffa à ce contact. Puis, soudain, à l’extérieur il y eut une confusion imprécise de sons. Les femmes criaient. Puis on entendit un cri désespéré : « les soldats d’Hérode tuent les enfants. »

Artaban se dirigea vers le pas de la porte. Une bande de soldats arriva dévalant la rue. Le capitaine s’approcha de la porte pour écarter Artaban, mais Artaban ne bougea pas. Son visage était calme comme s’il regardait encore les étoiles. Finalement il tendit la main pour y dévoiler son énorme rubis. Il dit : « J’attends de donner ce bijou au capitaine avisé qui passera son chemin et laissera cette maison tranquille ».

Le capitaine, ébahi par la splendeur de cette pierre précieuse, la prit et dit à ses hommes : « Passez votre chemin, il n’y a pas d’enfants ici ».

Puis Artaban pria : « Oh, Dieu, pardonne mon péché, j’ai donné à un homme ce qui était destiné à Dieu. Serai-je un jour digne de voir le visage du Roi?  »

Mais la voix de la femme, pleurant de joie dans l’ombre derrière lui, dit doucement : « Tu as sauvé la vie de mon petit. Que le Seigneur te bénisse et te garde! Et t’accorde la paix ».

Artaban, poursuivant toujours sa route sur la trace du Roi, se dirigea vers l’Egypte, cherchant partout des traces de la petite famille qui avait fui avant lui. Artaban poursuivit sa recherche sur de nombreuses années. Il alla jusqu’aux pyramides. Puis il se tourna vers Alexandrie pour prendre conseil auprès d’un rabbin qui lui dit de rechercher le roi, non parmi les riches, mais parmi les pauvres.

Il traversa des pays où la famine pesait durement sur la terre et où les pauvres pleuraient pour du pain. Il fit sa demeure dans des villes de pestiférés. Il alla voir parmi les opprimés et les affligés en prison. Il chercha dans les marchés aux esclaves bondés. Bien qu’il ne trouve personne à adorer, il trouva de nombreuses personnes à servir. Tandis que les années passaient, il nourrit les affamés, vêtit les nus, guérit les malades et réconforta les captifs.

Trente-trois ans s’écoulèrent depuis qu’Artaban avait commencé sa recherche. Ses cheveux étaient devenus blancs comme neige. Il savait que la fin de sa vie était proche, mais il était toujours prêt à tout, gardant l’espoir de retrouver le Roi. Il arriva pour la dernière fois à Jérusalem.

C’était la période de la Pâque et la ville était envahie de voyageurs. Artaban demanda où ils se dirigeaient tous. L’un répondit : « Nous allons à l’exécution sur le Golgotha, à l’extérieur des murs de la ville. Deux voleurs vont être crucifiés, et avec eux un autre appelé Jésus de Nazareth, c’est cet homme qui a fait beaucoup de miracles parmi le peuple. Il prétend être le Fils de Dieu et les sacrificateurs et les anciens ont dit qu’il devait mourir. Pilate l’a condamné à la croix ».

Ces paroles familières tombèrent bien étrangement sur le cœur éreinté d’Artaban. Elles l’avaient conduit tout au long de sa vie à travers terre et mer. Et maintenant, elles arrivaient à lui en tant que message de désespoir. Le Roi était renié et chassé. Peut-être était-il déjà mort. Se pourrait-il qu’il soit le même pour qui l’étoile était apparue dans le ciel il y a trente-trois longues années de cela?

Le cœur d’Artaban se mit à battre si fort en lui. Il pensa : « Il se peut que je trouve le Roi toujours vivant et que je puisse le racheter de la mort en donnant mon trésor à ses ennemis. »

Jesus_pardon_femmeMais lorsqu’Artaban se dirigea vers le Calvaire, il vit une troupe de soldats descendre la rue, traînant une jeune femme en sanglots derrière eux. Lorsqu’Artaban s’arrêta, elle se délivra de ses bourreaux et se jeta à ses pieds, entourant ses genoux de ses bras.

« Ayez pitié de moi », pleura-t-elle. « Et sauvez-moi. Mon père était aussi l’un des Mages, mais il est mort. On me vend comme esclave pour payer ses dettes ».

Artaban trembla car il sentait à nouveau le conflit surgir dans son âme. Exactement le même qu’il avait vécu dans la palmeraie de Babylone et dans la petite maison de Bethléhem. Par deux fois le présent qu’il consacrait au Roi avait été dirigé de sa main vers celle d’un autre, au service de l’humanité. Echouerait-il à nouveau? Une chose était claire, il devait sauver cette enfant sans défense du mal qui allait lui être infligé.

Il prit la perle, la déposa dans la main de la jeune femme et lui dit : « Ma fille, ceci est ta rançon. C’est le dernier de mes trésors que j’espérais garder pour le Roi ».

Tandis qu’il parlait, l’obscurité du ciel s’épaissit et les tremblements frémissant d’un séisme parcourut le sol. Les maisons furent secouées. Les soldats s’enfuirent de terreur. Artaban s’écroula à côté d’un mur qui le protégea. Qu’avait-il à craindre? Qu’avait-il à espérer? Il avait donné le dernier de ses hommages au Roi. La quête était terminée et il avait échoué. Qu’est-ce qui pouvait avoir de l’importance maintenant?

Le tremblement de terre se fit sentir sous ses pieds. Une lourde tuile se détacha d’un toit, tomba et le frappa. Il s’écroula, le souffle coupé et le teint livide. Puis une petite voix se fit entendre dans le crépuscule. Elle résonnait comme une musique lointaine. La jeune femme épargnée se pencha sur lui et elle l’entendit dire : « Non, mon Seigneur; car lorsque j’ai vu la faim, j’ai nourri. Lorsque j’ai vu la soif, j’ai donné à boire? Lorsque j’ai vu la maladie ou la prison, je m’y suis dirigé? Voilà trente-trois ans que je te cherche; mais je n’ai jamais vu ton visage, ni pu te servir, mon Roi ».

La douce voix se fit entendre à nouveau : « En vérité, je te le dis, toute les fois que tu as fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que tu les as faites. »

Un éclat d’émerveillement et de joie illumina le visage d’Artaban tandis qu’un long et dernier souffle de vie s’échappa doucement de ses lèvres. Son voyage avait pris fin. Son trésor était accepté. L’Autre Roi Mage avait trouvé le Roi.

 

Crédit photographique : ldssmile.com

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